Elles visent les podiums, participent aux plus grandes compétitions internationales, repoussent leurs limites, incarnent la puissance. Mais derrière les médailles, une réalité moins glamour se cache : l’aménorrhée, cette disparition des règles provoquée par l’entraînement intensif et le déficit énergétique. Un sujet encore tabou dans le sport de haut niveau où le corps des femmes doit être capable de tout…sauf de rappeler qu’il est cyclique.
Quand la performance efface le cycle
Dans le monde du sport de haut niveau, questionner les menstruations relevait jusqu’à récemment de l’impensable. Pourtant, la réalité est là : une part importante des athlètes rencontre des troubles du cycle menstruel, et parfois, l’aménorrhée, l’absence totale de règles. Une enquête de l’Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance (INSEP) et du ministère des Sports datant de 2021 montre en effet que 14% des sportives souffriraient d’absence totale de menstruations et 55% d’entre elles de troubles du cycle menstruel, souvent lié à un entraînement intensif et un déficit énergétique important. Lorsque l’entraînement devient quotidien et que le corps dépense plus qu’il ne reçoit en énergie, le système hormonal peut réagir en coupant ce qu’il juge comme non essentiel à la survie immédiate. Les menstruations sont alors mises en pause. Au niveau physiologique : c’est un signal d’alarme : le corps met l’accent sur la performance au détriment du cycle.
Le tabou qui cache un malaise
Ces dernières années, nous assistons à une lente libération de la parole féminine dans le sport. Des championnes de tennis, de natation ou de handball ont commencé à évoquer publiquement leurs règles, leurs douleurs, ou leur malaise physique en période de menstruations. Pourtant, la majorité des athlètes se retrouvent à gérer ces situations comme elles le peuvent sans soutien réels des staffs ou des médias. Ce silence s’explique par un tabou culturel très ancré. Les règles dans les discours sportifs, étaient longtemps tout simplement hors sujet. Même lorsqu’il est question de performances, de douleurs soudaines, ou de crampes pendant des courses ou des compétitions, les douleurs menstruelles sont souvent minimisées, voire ignorées. Et lorsque les entraîneurs.euses (souvent des hommes) n’ont aucune réponse à apporter à leurs athlètes, la gêne s’installe davantage.
Quand l’entraînement change le corps et la santé
L’arrêt des menstruations n’est pas un simple effet secondaire temporaire : il peut avoir des conséquences profondes. Sans cycle régulier, l’organisme créer moins d’hormones comme les oestrogènes. Cela engendre des conséquences sur : la densité des os, augmentant le risque de fractures, l’équilibre hormonal, la récupération, et à long terme, la fertilité. Et même lorsqu’il s’agit uniquement de douleurs pendant les règles, ces périodes peuvent être vécues comme des obstacles supplémentaires par les sportives qui doivent continuer à s’entraîner, concourir, être performantes.
Au delà du cycle : le poids du silence
Le manque de prise en compte du cycle menstruel ne se limite pas à l’absence des règles. Dans le quotidien des sportives de haut niveau, les équipements ne sont pas non plus pensés pour les femmes. En effet, dans certains sports comme l’escrime nous retrouvons des tenues exclusivement blanches qui font craindre les fuites et aucune option n’a encore été pensée à ce sujet. Ensuite, la douleur, les ballonnements, la fatigue, ou encore les maux de tête sont traités comme des contraintes à dépasser plutôt que des informations à écouter. Certaines athlètes utilisent parfois des stratégies hormonales (comme décaler les règles à l’aide d’une pilule contraceptive) mais cette technique engendre également ses propres effets secondaires. Tout cela montre qu’en 2025 – bientôt 2026 – on parle davantage des règles dans le sport qu’il y a dix ans mais on reste encore loin d’une vraie transformation des pratiques et des mentalités.
Et si on réapprenait à écouter les corps ?
Certaines initiatives commencent à émerger. Des chercheuses comme Juliana Antero à l’INSEP, travaillent à comprendre comment le cycle hormonal influence les performances et comment les intégrer dans les plans d’entraînement. Et sur le terrain, des équipes nationales ou des entraîneurs.euses essaient d’adapter les charges d’entraînement, la nutrition, le sommeil, pour que les sportives puissent concilier leur cycle menstruel avec leurs performances, non pas au détriment de l’un, ou de l’autre, mais en les faisant dialoguer.

